Ecrit cet été dans mon hamac après qu'il ait failli céder et que je me rende compte combien j'y étais attaché... des mots juste comme ça au gré du vent...

hamac


ELLE : j'ai des cheveux de cuivre, l'œil sombre, la bouche gourmande, le sein généreux et la fesse callipyge...

LUI : Et alors ?

ELLE : Alors rien. Je fais l'inventaire avant que le temps ne flétrisse ce qu'il me reste d'attraits.

LUI : tu est belle et le temps ne fera rien à l'affaire.

ELLE : Tes mots résonnent mais ne me parlent pas.

LUI : Je veux te protéger.

ELLE : Me protéger de quoi ?

LUI : De ton propre regard sur toi

ELLE : Menteur, tu veux te rassurer toi...

LUI : De quoi ?

ELLE : De la vigueur de ta virilité selon l'axiome "tout homme protégeant une femme est un homme fort"

LUI : Pas du tout, mais tu sembles  avoir tellement peur...

ELLE : je n'ai pas peur, je suis lucide. Si tu oublies que la vie est éphémère, comment veux-tu savourer l'instant ?
Alors, je fais l'inventaire pour jouir encore de ce que j'ai à offrir au soleil et au plaisir des sens.
Puis, quand je serai toute ratatinée, je ne serai pas triste : je me retirerai en douceur au fond de mon crâne avec  mes petites joies intimes et tous mes bouquins, pour contempler l'air du temps jusqu'à la dernière goutte.

LUI : Et moi ?

ELLE : Quoi toi ?

LUI : Qu'est-ce que je deviendrai pour toi ?

ELLE : Ce que tu as toujours été : ma fulgurance, mon plaisir, mon Amour, ma folie, mon choix.

LUI : Alors je  te servirai à quoi ?

ELLE : Mais à rien, mon Amour, à rien ! Tu n'es pas objet ou un ustensile, je n'ai pas besoin de toi, j'ai envie de toi... il te suffit d'être, et mon bonheur se déploie.

LUI : Je ne comprends pas.

ELLE : il n'y a rien comprendre, juste à se frôler la peau tendrement et longtemps. Alors nous deviendrons vieux, très vieux, des vieux facétieux et glorieux de pouvoir encore, à nos âges, monter,  à deux, dans ce  hamac libidineux !